Comment le fiasco américain avec l'Iran bouleverse l'architecture politique du Golfe

Le Moyen-Orient n’est pas étranger aux bouleversements géopolitiques, mais ces derniers mois, nous assistons à un nouveau type de remaniement tectonique.

Alors que les gros titres internationaux se concentrent sur les affrontements militaires directs entre Washington et Téhéran, le véritable drame historique se joue à huis clos à Riyad, Abou Dhabi et Doha. 

 

C’est là, dans les capitales conservatrices et pragmatiques des États du Golfe, qu’une décision stratégique irréversible a été prise : les États-Unis ont perdu leur crédibilité en tant que point d’ancrage diplomatique, et l’heure est venue de tracer une nouvelle voie.

 

Les Etats-Unis : quinze exigences rigides et sans compromis

Ce qui semblait au départ être une démonstration résolue de la puissance américaine s’est rapidement révélé être une campagne menée dans la panique, totalement dépourvue de stratégie à long terme.

La tentative de mener une politique étrangère par des revirements brutaux, allant de déclarations belliqueuses de "changement de régime" à un retour précipité et désespéré à la table des négociations pour acheter un calme temporaire, a mis en évidence une sombre réalité aux yeux des dirigeants du Golfe : la première superpuissance mondiale agit sans boussole.

La crise actuelle trouve son origine dans l’effondrement total des "lignes rouges" initiales fixées par les États-Unis.

Ces derniers sont entrés dans l’arène face à l’Iran en brandissant quinze exigences rigides et sans compromis. La liste comprenait le démantèlement complet des installations nucléaires permettant une "percée", l’arrêt immédiat du programme de missiles hypersoniques et la rupture totale avec les groupes armés régionaux agissant par procuration : les Houthis, le Hezbollah et les milices en Irak.

 

Un manque d'expérience de négociation

Pourtant, dans la salle de négociation, le pouvoir de négociation américain s’est évaporé.

Les Iraniens, politiciens chevronnés, qui ont su décrypter la crainte de Washington face à une escalade, ont érodé ces conditions une à une jusqu’à ce qu’il n’en reste pratiquement plus rien.

En face, Trump a envoyé le Vice-Président Vance, son gendre Jared Kushner et le magna de l'immobilier Steve Witkoff. Pratiquement toute l'équipe d'ambassadeurs et de négociateurs américains au Moyen-Orient avaient été licenciés par Elon Musk. 

Ce qui était prévisible, arriva.

La capitulation sur les inspections rigoureuses, l’acceptation de facto de l’Iran en tant qu’État au seuil du nucléaire et la dissociation du développement des missiles et du terrorisme régional de l’accord de base ont clairement montré une chose aux voisins de l’Iran : le parapluie américain n’est rien d’autre qu’une illusion.

Washington a choisi de signer un accord qui sacrifie la sécurité de ses alliés dans le seul but de proclamer une "victoire diplomatique" sur le plan intérieur.

 

Un colosse aux pieds d'argile

Cette conduite diplomatique, de plus en plus qualifiée de faiblesse stratégique dans les capitales arabes, a causé des dégâts considérables. Elle a mis en évidence l’existence d’un paradoxe moderne : les États-Unis restent un colosse militaire d’une ampleur sans précédent en termes d’équipement et de groupes aéronavals, mais ils sont devenus un estropié diplomatique sur l’échiquier politique mondial.

Lorsqu’une superpuissance fait preuve d’une faiblesse aussi profonde dans sa capacité à imposer sa volonté et à dissuader, ses alliés n’attendent pas que le pire se produise.

Il en résulte un éloignement multidimensionnel des États du Golfe par rapport à leur relation historique et symbiotique avec l’Occident :

L'axe "contournement de Washington" :
Plutôt que d’attendre une protection américaine qui pourrait ne jamais se concrétiser, l’Arabie saoudite mène une démarche diplomatique directe et réaliste avec Téhéran. Les monarchies du Golfe comprennent que lorsqu’un allié de premier plan fait preuve de faiblesse, il vaut bien mieux conclure des accords fragiles avec l’agresseur régional que de s’appuyer sur un roseau brisé.

Défi face aux diktats :
Les récentes exigences de Washington, qui lient les accords de sécurité régionaux à des conditions politiques rigides, se sont heurtées à une réticence manifeste et à un mépris public à Riyad et à Doha.

L’époque des diktats américains est révolue ; les États du Golfe ne se sentent plus obligés de se plier à une puissance incapable de sécuriser ne serait-ce que les voies maritimes vitales de la mer Rouge et du golfe Persique.

Rééquilibrage économique :
La perte de confiance politique se répercute directement sur l’économie mondiale. La ruée des États du Golfe pour renforcer leurs liens avec la Chine et la Russie, leur intégration dans des blocs tels que les BRICS, ainsi que leur volonté d’explorer le commerce en devises alternatives constituent une sanction directe du fiasco américain.

 

La Chine, la Russie et les BRICS

Alors que Washington reste accaparé par la gestion de ses conflits politiques internes, la Chine et la Russie observent ces événements avec une satisfaction discrète.

Elles n’ont pas besoin de tirer une seule balle ni de déployer une seule division au Moyen-Orient.

La gestion diplomatique désastreuse, hésitante et paniquée des États-Unis fait le travail à leur place, leur offrant sur un plateau d’argent la région la plus stratégique du monde. Le monde n’est plus unipolaire, et Washington, de son propre chef, s’est écarté de la scène centrale.

 

Turquie, Arabie Saoudite et Pakistan

Finalement dans tous ces changements tectoniques, ce vendredi l'Arabie saoudite a signé un pacte de défense mutuelle avec la Turquie, membre de l'OTAN, et le Pakistan, puissance nucléaire et principal médiateur entre les États-Unis et l'Iran

Cet accord stipule qu'une attaque contre l'un de ces pays est considérée comme une attaque contre tous.

Les trois pays partagent des inquiétudes croissantes face aux différents conflits au Moyen-Orient, avec d'un côté un Iran chiite menaçant et de l'autre un Israël qui s'impose de plus en plus sur l'échiquier régional.

La Turquie est l'une des plus grandes forces militaires de l'Otan. L'Arabie saoudite, plus puissant Etat du Golfe, figure parmi les premiers exportateurs mondiaux de pétrole. Quant au Pakistan, il dispose de l'arme nucléaire.

Le Pakistan fournit depuis des décennies une formation et une assistance technique aux forces saoudiennes, tandis que la Turquie et le Pakistan ont procédé à des échanges de navires de guerre et d’avions d’entraînement. En 2023, Ryad a acheté des drones turcs dans le cadre de ce qu’Ankara a qualifié d'important contrat d’exportation de matériel de défense. Le Pakistan a également déployé environ 8'000 soldats et du matériel en Arabie saoudite.

Le Pakistan est le centre de négociation entre l'Iran et les USA. Et dernière le Pakistan on retrouve l'incontournable Chine.

 

Source :  Momi Brosh, Conseillé stratégique, Auteur de L’ombre de Cassandre 

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