Explosion des prix du Diesel : Qui aurait pu le prédire?
La pénurie de diesel sur les marchés pousse les prix à la hausse. Aujourd'hui, le tarif moyen du diesel à la pompe dans l’Union européenne est de €2,23 litre, un nouveau record historique. Pour vous faire envie, le diesel le plus cher se trouve au Danemark, à € 2,73 le litre. Aux USA, le diesel culmine à $1,73 le litre ($6,53 le gallon). La contagion est mondiale.
Qui aurait pu le prédire ? Mais tout le monde ! Depuis 2008, tellement d'alarmes ont sonné et les signaux d'alarmes n'ont cessé de clignoter. Au niveau des hydrocarbures, le diesel est le canari dans la mine. Des gilets jaunes à aujourd'hui, l'histoire avance dans la même direction.
Retour vers le futur
Le diesel est traditionnellement le carburant des transports et notamment celui des cargos et des camions. Pratiquement tout ce que vous avez dans votre logement a été transporté par du diesel.
Début des années 2000
Au tournant des années 2000, la demande de diesel augmente avec la croissance économique et la diésélisation du parc automobile en Europe.
Des épisodes de tension sur les approvisionnements apparaissent notamment en hiver (chauffage au fioul ou mazout qui est du diesel).
En 2007 et durant le premier semestre 2008
Les prix du pétrole brut grimpent jusqu’à $147 le baril en juillet 2008. Les prix de diesel augmentent davantage que le brut, car les raffineries disposaient d’une capacité limitée et la demande restait très élevée.
La marge de raffinage du diesel, c’est-à-dire la différence entre le prix du diesel raffiné et celui du pétrole brut, a atteint un niveau exceptionnel en mai 2008. Les marges sur certains marchés ont approché $40 par baril. (aujourd'hui il dépasse les $100).
Cette crise a montré que le marché du diesel pouvait être déstabilisé même sans interruption totale de production pétrolière.
Le facteur déterminant était le manque de capacités de raffinage adaptées à une demande mondiale croissante et à des normes environnementales plus strictes.
Dans cette période, les raffineurs quittent l'Europe et l'Amérique latine pour s'installer en Asie où directement chez les grands extracteurs comme l'Arabie Saoudite. Ce système permettait aux extracteurs d'augmenter leurs marges et aux européens de profiter de coûts de raffinages mondialisés.
L'économie mondiale découvre l'énergie solaire et l'éolien. On parle d'un pic pétrolier de pétrole conventionnel passé en 2006.
2010‑2012 : premières tensions importantes en Chine
Après la crise financière de 2008, la reprise économique chinoise est très forte, tirée par l’industrie, les infrastructures et le transport routier. Des files d’attente devant les stations et des rationnements (quotas par station, restrictions d’achat) sont mis sur pied.
2013 : Se méfier des beaux-parleurs
L'Union Pétrolière Suisse vante les mérites du mazout vert qui est une merveille écologique. Lors de l'exposition Habitat & Jardin à Lausanne, l'Union pétrolière annonce qu'il y aura assez de mazout pour les 100 prochaines années ! J'avais demandé de me mettre cette promesse par écrit avec une garantie jusqu'en 2100. Inutile de dire que personne n'a voulu poser sa signature.
Il faut toujours se méfier d'un lobby du pétrole qui change son nom en "Avenir Energétique" (Avenergy en 2019).
Septembre 2015
Le scandale du Dieselgate éclate en septembre 2015, lorsque les manipulations des moteurs ont été révélées au grand jour.
S'ensuivra une décote massive des véhicules diesel.
Ce désamour va engendrer des opportunités d'achat pour ceux qui veulent faire des économies lors d'achats d'une voiture. Ce rabais est une prime au risque soit via une possible difficulté lors de la revente de sa voiture, soit afin de se prémunir d'une hausse du diesel. Aujourd'hui, les prix du diesel s'ajustent et comblent la plus-value qui avait été faite lors de l'achat d'une voiture diesel.
Plusieurs millions de voitures diesel européennes sont expédiées en Inde à des prix cassés. On jure de ne plus acheter un véhicule diesel.
2016 - 2019 : Hausse des prix et Gilets Jaunes
En Chine, des épisodes de tension sur le diesel réapparaissent lorsque les prix du baril augmentent et que les raffineurs chinois réduisent leur production de diesel au profit d’autres produits plus rentables. Devant la croissance, la demande de transport routier et de BTP grimpe. Les camions ne peuvent qu'acheter du diesel que pour quelques centaines de kilomètres par jour.
L'Europe fait face à des épisodes de tensions locales notamment avec des grèves dans les raffineries (France avec les gilets jaunes, Italie, etc.).
Lors du déclenchement du mouvement des Gilets jaunes en novembre 2018, l'essence atteignait des sommets, mais des sommets ! Je ne vous dis pas.
Le Diesel :
Novembre 2017 : environ 1,15 €/L
Novembre 2018 : environ 1,48 €/L
soit une hausse d’environ 0,33 €/L en un an (+29%)
Sans‑plomb 95 :
Novembre 2017 : environ 1,28 €/L
Novembre 2018 : environ 1,57 €/L
soit une hausse d’environ 0,29 €/L en un an (+23%)
La bombe des gilets jaunes avait été déclenchée avec une proposition de taxe de € 6,5 centimes sur le diesel et € 2,9 centimes pour l'essence. Aujourd'hui, on envie ces tarifs !
2020‑2021 : pandémie et désorganisation temporaire
La pandémie de COVID‑19 fait chuter la demande de carburants en 2020, puis provoque une reprise brutale en 2021. Le diesel tousse, mais résiste. Il regrimpe.
2022 : La guerre en Ukraine
L’invasion de l’Ukraine par la Russie en février 2022 perturbe les flux de produits raffinés, dont le diesel. La Russie est un gros exportateur de diesel et de produits qui permettent de raffiner du diesel.
L’Europe doit se réorienter rapidement, créant des tensions sur les marchés du gazole et une hausse des prix. Le baril passe sur les $100 et le litre de diesel atteint €2,10 le litre en Europe avec des poussées à €2,40. En Suisse, il pointe à frs 2,31 le litre.
Destruction de la demande
Et nous voilà dans la situation actuelle dans une guerre crée par Trump avec des détroits fermés et une inflation qui grimpe.
Cependant, les prix du baril sont relativement bas ($107 aujourd'hui) en comparaison avec la situation explosive sur les marchés. Le baril devrait dépasser les $150. De nombreux pays ont utilisé leurs réserves stratégiques pétrolières pour amortir le choc. La Chine et ses 1,4 milliards de barils de réserve joue un rôle important.
Du côté du diesel, le baril dépasse les $200 soit $100 de plus que le pétrole brut. Un record mondial. Rappelez-vous en 2008, la différence était de $40.
Il y a un autre phénomène qui entre en jeu : "la destruction de la demande". Les consommateurs disposants d'un pouvoir d'achat limité, sont les premiers privés d'accès à un gaz-méthane, un diesel ou une essence trop cher.
Ainsi en France, dont le 50% du parc automobile utilise du diesel, la baisse de la consommation dépasse déjà les 7,6%. Les déplacements inutiles sont effacés et l'arrivée des voitures électriques joue impacte le marché.
Aux Etats-Unis, malgré le volume XXL des voitures de tourisme, le parc diesel ne représente que 3%.

Un Trump aux idées venues d'ailleurs
Il règne dans l'air un arrêt des exportations de diesel américain.
Lundi, la Maison Blanche avait insisté sur le fait qu'une interdiction américaine des exportations de diesel n'était pas à l'ordre du jour. Mardi, Trump a fait volte-face. "J'ai dit : Ne distribuons pas le diesel à l'étranger. J'ai donné l'instruction à mon équipe."
Une interdiction des exportations de diesel américain ferait baisser les prix aux États-Unis, du moins temporairement, tout en provoquant le chaos en Europe et en Amérique latine, qui dépendent fortement des importations de carburant américain.
Le secteur pétrolier américain a exhorté Donald Trump à ne pas interdire les exportations de diesel, soulignant qu'il n'existait pas de "solution miracle" à la crise des prix du carburant qui frappe le pays, après que le président eut laissé entendre qu'il était favorable à un moratoire.
Ne plus consommer du Diesel ou du Gaz-Méthane
On l'a dit, redit et redit : il faut éviter à tout pris l'utilisation de diesel (mazout et fioul de chauffage) ou de méthane.
Vous roulez en voiture diesel ou vous chauffez votre logement au mazout (fioul de chauffage), cela fait plus de 20 ans que les alarmes sonnent. Il est de la responsabilité de chacun de se renseigner et pas uniquement auprès des Unions pétrolières.
Si durant les 10 dernières années, vous avez installé un nouveau chauffage à mazout ou à gaz-méthane, ou si vous avez acheté une voiture diesel, vous avez pris le risque de vous retrouver dans la situation actuelle. C'est à vous à assumer pleinement votre choix.
Si votre maison est chauffée avec du fioul ou du gaz-méthane, dès que votre chauffage arrive en fin de vie, le mazout et le gaz sont à proscrire. Point final !
Si vous choisissez quand même de choisir l'une de ces deux options, vous nous pourrez pas venir dire : mais qui aurait pu le prédire ? Les Unions Pétrolières, mais elles ne vous le diront jamais, bien au contraire.
Et comme le dit si bien Hovannès Derderian : "Nous décarbonons nos modes de vie non pas d'abord pour les autres, mais pour assurer notre propre continuité en tant que nation."