Fermeture d’Ormuz, le pétrole grimpe à $93

Ce vendredi, le Brent à Londres a grimpé à $93,59 le baril,  au pus haut niveau depuis avril 2024. Il était à $73 à la fin janvier. A New York, le WTI, rattrape son ami le Brent à $91,57 pour les 159 litres d’un baril. La hausse a été allumée par les déclarations du président américain, qui a déclaré en toute humilité qu’il n’y aura "aucun accord" avec l'Iran à moins que le pays n'offre sa "capitulation inconditionnelle".

Ce point de vue couplé aux attaques sur les infrastructures du pays du Moyen-Orient commencent à rendre l’équation très compliquée. Impossible de prédire la suite et jusqu’où les Etats-Unis et Israël sont prêts à emmener l’économie mondiale. Un petit tour du monde pour faire le point.

 

Selon le ministre qatari de l'Énergie, Saad al-Kaabi, les prix du pétrole pourraient grimper jusqu'à $150 le baril d'ici deux à trois semaines si le détroit d'Ormuz reste fermé. 

Le trafic maritime dans le détroit d'Ormuz est actuellement interrompu. Mais le scénario le plus catastrophique est  celui d'une destruction importante des infrastructures et d'une fermeture prolongée du détroit. Cela alimenterait les craintes d'une pénurie d'approvisionnement à plus long terme. Normalement dans les guerres, les infrastructures pétrolières et gazières sont épargnées. Dans le cas présent, la donne a changé. 

Si les Etats-Unis ne détruisent pas les gisements pétroliers de l'Iran (pour l'instant), c'est que si le pétrole iranien devait être retiré du marché mondial, les prix du pétrole grimperont très fortement jusqu'au point de générer une crise économique mondiale (cf. 2008). Une crise économique avant les élections de novembre aux Etats-Unis serait une mauvaise nouvelle pour Trump et pour Netanyaou qui va également faire face à des élections. 

Pour vous faire une idée de la situation, voici un tour de différents pays :


Juridiquement

Les pays du Moyen-Orient ont commencé à arrêter leurs installations de raffinage et d’extraction de pétrole ainsi que de méthane. Les stocks sont pleins et il n’y a pas moyen de transporter les hydrocarbures. Les pays vont devoir invoquer "la force majeure" pour ne pas assumer la responsabilité juridique des contrats qu’ils n’arrivent plus à honorer. 

S’il est plus où moins simple d’arrêter un gisement de pétrole, sa remise en service est nettement plus compliquée. Il y a également des risques, que le forage diminue ou ne reparte simplement pas.

 

Arabie Saoudite

L'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis disposent tous deux de pipelines qui permettent de rediriger une partie de leurs exportations de pétrole vers des ports situés en dehors du détroit, mais des volumes de production importants restent bloqués.

Deux raffineries pétrolières d’Arabie Saoudite ont été touchées. La plus grande raffinerie de Saudi Aramco à Ras Tanura a été la cible de deux attaques de drones cette semaine, touchant une unité de 550’000 barils par jour. La raffinerie distille de l’essence.

 

Qatar

Le Qatar, deuxième producteur mondial de gaz-méthane liquide, a déclaré un cas de force majeure cette semaine.

QatarEnergy a l'intention de maintenir son usine de liquéfaction de gaz de Ras Laffan à l'arrêt pendant au moins deux semaines. L'explosion d'une unité de produit pourrait être catastrophique et la déflagration tout détruire.

Si tout va bien et si la guerre entre les Etats-Unis et l’Iran s’arrête, il faudra rajouter deux semaines pour reprendre la production de GNL.

Le robinet de 20% de l'approvisionnement mondial en GNL et fermé pour le mois prochain. Attention, il ne s’agit pas des extractions mondiales de gaz méthane, mais uniquement de gaz liquide.

Les graphiques sont trompeurs.
Les statistiques du haut indiquent la hausse des prix du méthane cette semaine. L'envolée semble vertigineuse.
Les chiffres de l'image du bas, montrent l'évolution des prix entre 2021 et au 4 mars 2026.
Dans les semaines qui viennent, le potentiel de hausse est grand.
Graphique Financial Times

Irak

Faute de capacité de stockage, l'Irak a été contraint de fermer ses champs de West Qurna-2 et Rumaila. C’est une grosse catastrophe pour le gouvernement qui compte sur les revenus du pétrole pour tenir le pays. 

 

Koweït

La compagnie pétrolière nationale koweïtienne KPC a commencé à réduire ses extractions de pétrole dans certains de ses champs également par manque de stockage. Elle a déjà fermé sa raffinerie de Mina Abdulla, d'une capacité de 464’000 barils par jour.

 

Bahrain

Les missiles et des drones iraniens ont contraint Aluminium Bahrain, l'une des plus grandes fonderies au monde, à suspendre toutes ses exportations.

Le prix de l’aluminium a grimpé de 5% à $ 3’420 dollars tonne.

 

Détroit d’Ormuz avec assurance

Les transporteurs rejettent l'offre d'assurance de Trump pour les pétroliers. Le président a proposé d’escorter les tankers dans le détroit d'Ormuz.

Le problème réside dans les primes des assureurs qui touchent le ciel ou qui ont tout simplement suspendu les couvertures.

Aucun tanker de pétrole ou de méthane n'a quitté le golfe depuis le 1er mars. Si un méthanier devait exploser, on devrait entendre le boom jusqu’en Europe.

 

Evolution du baril de pétrole Mars 2024 à Mars 2026
Graphique : Financial Times

 

Inde

Les États-Unis autorisent l'Inde à acheter du pétrole russe pendant un mois !  Les raffineurs indiens vont pouvoir faire des achats de pétrole russe, à condition que les cargaisons aient été chargées sur des navires avant le 5 mars et arrivent en Inde dans les 30 jours suivants.

 

Russie

La Russie aurait 200 millions de barils de pétrole stationnés sur les océans dans des tankers. Ce brut d’excellente qualité permet de raffiner du diesel et du kérosène. à contrario du schiste américain trop pauvre en énergie.

Le méthanier Arctic Metagaz a été coulé en Méditerranée. La société russe Novatek transportait du gaz liquéfié provenant du gisement Arctic LNG 2. Il aurait été attaqué par un drone lancée depuis la Libye par les services de sécurité ukrainiens.

 

Etats-Unis

Pour l’instant, la Maison Blanche ne prévoit pas de puiser dans ses stocks de réserve voire de négocier des contrats à terme sur le pétrole pour contrer la hausse.

Les extracteurs de schiste, notamment de gaz-méthane vont pouvoir exporter leur GNL mais attention à la hausse des prix aux USA qui ne devraient pas plaire à tout le monde.

Cette semaine, les prix de l'essence ont grimpé de 32 cents pour 3,8 litres avec un prix moyen de $3,31 le galon. On retrouve les prix de 2024 et l'on scrute l'inflation. Heureusement que la Maison Blanche lit scrupuleusement les statistiques et les sondages. Cela pourrait freiner cette guerre.

 

Chine

La Commission nationale pour le développement et la réforme (NDRC), principale instance de planification économique chinoise, a demandé aux raffineurs et négociants du pays de se concentrer sur l'approvisionnement d’essence, de diesel et de kérosène pour le marché chinois.

La Chine est privée du brut de l’Iran et d’Arabie Saoudite. La Russie va certainement venir en aide.

La Chine détient plus de 2 milliards de barils dans ses réserves. Pékin a profité des prix bas de la dernière année pour remplir ses stocks.

 

Allemagne

La visite du chancelier allemand Friedrich Merz à Washington en début de semaine, révèle une pépite. Friedrich Merz a obtenu une exemption de six mois pour la raffinerie russe de Rosneft, basée en Allemagne, alors que Trump a imposé des sanctions à Rosneft et Lukoil en octobre dernier. 

Suite à sa visite, la Maison Blanche a levé, pour une durée indéterminée, les sanctions visant la raffinerie pétrolière allemande du russe Rosneft. Ce geste protège Berlin de perturbations de l'approvisionnement et autorise les transactions avec les filiales allemandes de Rosneft, notamment l'usine de traitement du pétrole PCK à Schwedt, qui fournit 90% de l'essence, du kérosène et du fioul domestique à région de Berlin, à son aéroport et à l'État voisin de Brandebourg.

Cette demande est assez paradoxale. Le chancelier était un fer de lance pour bannir les importations de méthane russe en Europe. Quand ça veut pas, ça veut pas.

 

Europe

Bruxelles a décidé de se passer entièrement de gaz-méthane russe. Jusqu’à quand cette position pourra être maintenue ?

Une grande partie du GNL livré par les USA transite par l'Espagne. Comme le premier ministre Pedro Sanchez a exprimé son opinion et ses quatre vérités sur ce qu'il pense de cette guerre et de l'attitude de Trump, est-ce que la Maison Blanche va fermer les yeux. Il est à noter que le premier ministre espagnol est le seul dirigeant européen à avoir une posture d'homme d'Etat sur cette thématique.

Les principaux marchés pour les approvisionnements du Golfe étaient autrefois l'Europe et les États-Unis. Mais en termes économiques, le détroit se tourne désormais vers l'Est, ce qui signifie que la crise immédiate se concentre sur l'Asie. L'année dernière, plus de 80% du pétrole et 90% du GNL provenant du Golfe ont été acheminés vers l'Asie.

Cependant, le marché des hydrocarbures est mondial. Il va faire basculer le monde entier, Europe comprise.

 

Hongrie

Victor Horban, le président hongrois, a bloqué €90 milliards d’aide à l’Ukraine ainsi qu’un nouveau paquet de sanctions contre Moscou.

Il demande que l’Ukraine laisse passer le pétrole qui transite de la Russie à la Hongrie et la Slovaquie via un oléoduc. Cet oléoduc a été endommagé par des frappes russes en janvier et depuis Kiev tarde à le réparer.

Il règne une franche camaraderie entre Horban et Zelensky. D'ailleurs ce dernier a suggéré de ce débarrasser d'Orban. Les méthodes de Trump donnent des idées.

 

Japon

Les raffineurs japonais font pression pour une libération stratégique de pétrole japonais. Il est difficile d’arrêter une raffinerie de pétrole.

Ainsi les raffineurs ont commencé à faire pression sur leur gouvernement pour qu'il libère du pétrole brut provenant des réserves stratégiques du pays. Tokyo dépend de l’excellent pétrole brut du Moyen-Orient pour 95 % de ses importations.

Ces raffineries ne sont pas équipées pour traiter du schiste américain.  D'ailleurs, le Japon désire recevoir des livraisons des sables bitumineux de l'Alberta, Canada.

Ce vendredi Carney et Takaichi se sont rencontrés à Tokyo pour mettre sur les rails ce concept.

 

Que va-t-il se passer dans les jours qui viennent ?   

Il est peu probable que les dirigeants iraniens cessent cette guerre. Ils n'ont plus rien à perdre et l'horloge tourne en leur faveur. Plus la guerre dure, plus ils arrivent en entraîner la production mondiale de pétrole et de gaz dans un cycle infernal. 

Du côté de Netanyaou, il a besoin du chaos pour se tenir au pouvoir et l'on peut compter sur lui pour alimenter le feu. Il faudra regarder du côté de Gaza, du Sud Liban et de la Cisjordanie qui vont certainement se faire avaler.

Du côté de Trump, il est passé maître pour ne pas ranger le désordre qu'il crée. Son équipe proche est aussi incompétente qu'effrayante. Faire une omelette et laisser les autres s'occuper des coquilles et de la vaisselle semble être le moto. Washington n'a aucun plan de sortie de cette guerre. 

Le potentiel d'arriver à une crise économique mondiale augmente de jour en jour.

A suivre.

 

 

 

 

 

 

 

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