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Ukraine : Une guerre stratégique pour les énergies

Les souffles américains sur les braises ukrainiennes ont déjà propulsé les Etats-Unis comme le grand vainqueur au niveau énergétique.

En annihilant le financement des gisements pétroliers et gaziers russes, Washington fait une pierre plusieurs coups. Elle mine l’accès chinois aux hydrocarbures, diminue son obligation morale d’accorder un accès pétrolier à l’Europe et met à mal la position de grenier mondial de l’énergie de la Russie.

 

Ukraine et acteurs de cinéma

Retour en 1985 où la doctrine du président américain Ronald Reagan s’appuyait sur une diminution des entrées en pétrodollars afin de faire chavirer l’Union Soviétique. Il avait réussi à convaincre l’Arabie Saoudite d’inonder le marché de pétrole afin de faire chuter les prix du baril à 10 dollars.

A cours de cash et avec une ardoise de 20 milliards de dollars, pour contenir la catastrophe de Tchernobyl, le dernier clou fut planté dans le cercueil de la Perestroïka de Mikhaïl Gorbatchev. En 1989, l’URSS implosa.

Visiblement les présidents acteurs et l’Ukraine ne portent pas chance à Moscou.

 

Peak oil russe

Trente années plus tard, l’histoire pourrait se répéter. L’un des multiples points de départ de la confrontation ukrainienne remonte à avril 2021, quand Pavel Zavalny, chef du comité Energie de la Douma, avait confirmé l’imminence du peak oil russe. Seuls les gisements en Arctique ainsi que le schiste de Sibérie pouvaient renverser la tendance et permette à la Russie d’alimenter la Chine en carburants et, par ricochet, menacer le leadership américain.

Washington mit le doigt sur ce talon d’Achille et saisit la chance de rebrasser les cartes. Il ne restait plus qu’à convaincre Vladimir Poutine d’entrer en guerre.

 

La dépendance européenne

Depuis la deuxième guerre mondiale, en grand frère protecteur, Washington a toujours daigné laisser à l’Europe un accès aux hydrocarbures du Moyen-Orient, tout en gardant l’Arabie Saoudite dans son périmètre exclusif.

Cependant la crise du canal de Suez en 1956 montra les difficultés de maîtriser cette partie du monde. Naturellement, l’Europe se tourna vers la Russie. Ainsi depuis les années 70, l’Allemagne et l’Europe ont fait confiance à Moscou pour satisfaire leurs besoins en énergies et s’endormir sur leurs lauriers.

Lors du rejet de l’accord nucléaire par Donald Trump, Bruxelles s’est même permis le luxe d’abandonner l’Iran comme une vieille chaussette. Aujourd’hui, cette erreur se paie cash. Pékin a immédiatement demandé une exclusivité sur son pétrole.

 

Tenter de lire l’avenir dans les cartes

La stratégie américaine de dominance énergétique mondiale repose sur la capacité de ses gisements de schiste à délivrer ses promesses et à importer du brut lourd étranger pour générer du diesel. A ce titre, le Venezuela devrait voir son embargo se lever.

En Ukraine, tant que la guerre continue, Joe Biden peut se féliciter d’offrir un débouché à son industrie militaire et creuser la tombe économique de la Russie. Mais si les prévisions d’extractions de schiste ne se concrétisent pas, son successeur devra marcher sur les plates-bandes de Pékin pour trouver du pétrole.

Du côté russe, la situation économique mondiale actuelle à de grande chance de se terminer par une crise et une chute vertigineuse des prix du baril. Ce scénario rappelle la chute de l’URSS de 1989.

L’Europe, coupée d’une partie de ses approvisionnements en hydrocarbures, va devoir compter sur les miettes délaissées par la Chine et les USA et sortir le porte-monnaie. La trop rapide transition énergétique vers les énergies renouvelables, ne devrait pas lui permettre de rester dans le club des grandes puissances. Socialement que va-t-il se passer ?

La Chine, sans le schiste russe, va devoir compenser la diminution d’exportations de son voisin et conclure de nouveaux partenariats notamment en Amérique Latine et au Moyen-Orient. Cette contrariété énergétique pourra-t-elle retarder l’annexion de Taïwan, le temps de s’assurer plus de pétrole et de gaz ?

Et la guerre en Ukraine ? Du côté énergétique américain, elle peut s’arrêter. La mission semble être accomplie. En tout cas pour l’instant.

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