Le monde consomme moins de pétrole, que dit l’Economie ?

L’Agence Internationale de l’Énergie a revu ses prévisions pétrolière : la demande mondiale de brut va reculer de 1,6 million de barils par jour en 2026. En juillet, le monde a consommé 101,5 millions de barils par jour (b/j). Cette baisse n’est pas voulue par un élan écologique, mais par un Trump qui fait joujou à Ormuz. La fermeture du détroit pèse sur les exportations du Moyen-Orient d’autant que les Houthis sont en train de titiller les transports de pétrole d’Arabie Saoudite de la Mer Rouge. 

Mais qui dit moins de pétrole, dit diminution de la croissance mondiale. Osons le mot récession qui pourraient s'installer dans certains pays. Les regards se tournent vers l’Europe, mais également la Chine et les Etats-Unis.

 

Etat des Lieux

L’Agence voit la consommation de pétrole augmenter en 2027 avec une hausse stratosphérique de 8 millions b/j pour grimper à 110 millions b/j. Cela va en faire du CO2, mais que voulez-vous il faut bien que les suisses partent en avion durant leurs vacances. 

Au niveau de la demande, la Chine a réduit ses importations de brut de 4 millions b/j alors qu’elle en importait 9 millions avant la guerre du Golfe. Pékin avait stocké plus de 1 milliard de barils grâce à des prix favorables du brut russe, iranien ou du Venezuela. C’est peut être une bonne nouvelle, mais que va-t-il se passer quand elle va reprendre ces 5 millions b/j ? 

Du côté des USA, la réserve stratégique a chuté à son plus bas et passe sous les 300 millions de barils alors qu'elle peut en contenir 745 millions. L’équipe Trump va devoir sortir les rames.

 

L’essence, le raffinage et le crack spread

Du côté des stations d'essence, le gallon ordinaire était à 4,07$ aux États-Unis, ce week-end. Il y a un an, il était à 3,14$ soit +30% de hausse sur 12 mois pendant que le brut, lui, fait du surplace.

En Europe, c’est la même chose. Les pétroliers détienne une carte secrète pour justifier des prix élevés. La sécheresse qui réduit les débits du Rhin. Du coup, les péniches peuvent transporter moins de diesel ou d’essence. Les groupes pétroliers font grimper les prix +16 centimes. L’avantage d’être un pétrolier, c’est qu’il n’y a aucun besoin de transparence. Il y a des entreprises qui sont plus égales que d’autres.

Mais il y a également un autre facteur pour les pétroliers :  le crack spread. Ce n’est pas une drogue, mais l’écart entre le prix du baril de brut et le prix de l’essence qui est distillée. En deux mots : la marge du raffineur. Cet écart vient de grimper à son plus haut niveau de l’histoire. Là, vous comprenez où file la monnaie de votre porte-monnaie quand vous faîtes le plein. 

Les raffineries ont traité 80,9 millions de b/j en juillet alors que les capacités de raffinage mondiales sont engluées par les conflits et les arrêts d’installations, et pendant ce temps le brut, lui, coule tranquillement. Le baril baisse, la pompe monte, et personne ne vous remboursera la différence. Surtout pas les Etats dont les taxes sur l’essence fluidifie les rouages des budgets. Cela appelle le chapitre de la voiture électrique. 


Voitures électriques et pression sur la demande de pétrole

Les ventes mondiales de voitures ont reculé d’environ 5% en glissement annuel entre janvier et juin, en raison d’une baisse des achats sur les deux plus grands marchés mondiaux : la Chine et les États-Unis. Toujours la récession qui montre le bout de son nez et l’autre clown qui débite au moins une ânerie par jour ou par heure. C’est selon.

Si les ventes mondiales de voitures électriques ont reculé au premier trimestre 2026, elles ont fortement rebondi au deuxième trimestre avec «l’effet Ormuz» +35%par rapport aux trois premiers mois de l’année, les ventes du deuxième trimestre ayant atteint des niveaux records dans 50 pays.

En Australie, au Brésil, en Inde, en Corée et au Viêt Nam, tous des marchés importants pour les voitures électriques, les ventes ont pratiquement doublé entre mars et juin par rapport à la même période en 2025. Au total, plus de 90 pays ont enregistré une croissance en glissement annuel des ventes de voitures électriques au cours du premier semestre 2026. 

 

L’Economie et le Choc Pétrolier

La baisse actuelle de pétrole brut dépasse la quantité totale de pétrole perdue lors des deux chocs pétroliers de 1973 et 1979 réunis!

A l’époque, ces chocs furent qualifiés de "bouleversement sans précédent". L'ampleur actuelle du risque atteint un seuil critique, compte tenu de la dépendance bien plus complexe de l' économie mondiale à l'égard de l'énergie.

Contrairement au choc de 1973 et 1979, aujourd’hui, le risque ne provient pas d'une source unique et identifiable, mais de conflits militaires, des perturbations des chaînes d'approvisionnement et du climat des marchés.

Depuis le début de la guerre d’Ormuz, le prix du pétrole a augmenté de 50% en peu de temps, et celui de l'essence de plus de 90%. Ce qui inquiète, ce n'est pas le niveau actuel des prix, mais la possibilité d'un ancrage durable de ces prix élevés et l’influence sur l’inflation et les taux d’intérêts à la hausse, pour justement contrer l’inflation.

Parallèlement, le marché de l'énergie se trouve dans un contexte de grande instabilité. La libération des réserves stratégiques ou la publication de déclarations politiques rassurantes, n'ont qu'un effet à court terme et sont insuffisantes pour modifier l'équilibre entre l'offre et la demande si le conflit persiste. A voir les échanges entre Trump et l’Iran, le spectacle va encore durer un certain temps.

Pour l’Europe, le timing tombe assez mal, car dès le 1er janvier, elle va se passer de gaz-méthane russe. Les stocks de méthane sont bas à 60%. Si l’Europe devait encore diminuer sa consommation de gaz (Ce qui serait une bonne nouvelle pour le climat), c’est l’aspect de la récession économique qui inquiète Allemagne et France en tête.

Il ne faut pas oublier que moins nous consommons de pétrole et de méthane, plus la croissance diminue au point de passer sous le zéro. Ce détail, Trump ne semble pas l'avoir sur son radar. Plus il continue de zigzaguer avec l'Iran, plus nous nous rapprochons d'un point de bascule. 

 

 

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