Le monde confronté à une pénurie croissante de diesel
Les planètes semblent alignées pour une tempête parfaite. Le Détroit d’Ormuz est refermé, la précision des drones ukrainiens devient chirurgicale pour les installations pétrolières russes et El Nino promet de ralentir la production agricole en Asie, en Amérique et en Amérique latine.
Au coeur de ce réacteur : le Diesel. Ce carburant est en charge de la mobilité du commerce mondial avec ses navires et ses camions. Depuis plusieurs mois les stocks sont au plus bas et la situation n'est pas prêt de s'arranger.
La russie stoppe ses exportations de diesel
Hier, Vladimir Poutine, a interdit les exportations de diesel. Le pays est le deuxième exportateur mondial de ce précieux carburant.
Les attaques de drones ukrainiens contre les infrastructures énergétiques ainsi que des tankers pétroliers ont plongé la Russie dans une crise énergétique d'une ampleur sans précédent. Dans certaines régions, les temps d'attente pour faire le plein ont atteint plusieurs jours, tandis que les réseaux sociaux regorgent de vidéos montrant des échauffourées éclatant dans les files d'attente. Ces pénuries touchent directement quelque 50 millions de Russes, soit 35% de la population.
L'Ukraine a considérablement intensifié sa campagne de frappes par drones contre les infrastructures pétrolières russes. Elle a ainsi frappé les dix plus grandes raffineries russes, dont la plus importante, située à Omsk, à 2 500 km de la ligne de front et représentant environ 7% de la capacité de raffinage du pays.
Près de 50 régions russes avaient imposé certaines restrictions sur la vente de carburant, tandis que de longues files d'attente s'étendaient devant les stations-service à travers tout le pays.
La Russie a cessé de publier la plupart des données, mais on estime que 20 à 40% des capacités de raffinage ont été mises hors service. Moscou a raffiné en moyenne 4,1 millions de barils par jour, soit 28% de moins que son volume moyen des cinq dernières années.
Le Détroit d’Ormuz
L’interdiction des exportations russe vient s’ajouter aux tensions provoquées par la guerre en Iran, ce qui risque d’entraîner une hausse des prix pour les automobilistes et les agriculteurs et menace les efforts visant à juguler l’inflation.
Alors que les USA proposent un passage dans le Détroit, Téhéran impose le sien. Ainsi les 3 bateaux qui n’ont pas suivi les règles imposées par l’Iran, ont été pris pour cible. Il n’en fallait pas plus pour que Trump annonce que le cessez-le-feu était "rompu".
Les livraisons de diesel et d'autres produits transitant par le Golfe se sont à nouveau réduites.
Les prix du diesel grimpent
Ce double coup porté à l’approvisionnement en diesel a fait grimper les prix en Europe. La prime par rapport au pétrole brut a atteint un pic de $60,7 le baril.
Les traders ont mis la main sur des stocks de plus en plus rares. Le diesel se négocie à près de $135 le baril, ce qui signifie que les automobilistes ne voient pas la baisse du prix du brut se répercuter à la pompe. On ne soulignera pas non plus, la propension des majors pétrolières à profiter de cette occasion pour augmenter leurs marges.
Zelenski partage une vidéo des attaques ukrainiennes
sur les infrastructures énergétiques russes
L'agriculture à surveiller
Combien de temps cette situation va perdurer alors que le monde ne raffine pas assez de diesel pour satisfaire la demande ? La question reste ouverte.
Outre son importance pour de nombreux automobilistes, le diesel est essentiel à l’agriculture et à l’industrie, ce qui signifie que les hausses de prix auront un impact sur l’inflation.
Triple peine pour les agriculteurs, les importations d’engrais du Moyen-Orient ont été réduits. Avec l’arrivée de El Nino, notamment en Asie et aux Amériques, les productions de nourriture risquent d’être fortement diminuée en cette fin d’année et en 2027. La situation est à scruter de très très prêt. On notera que les agriculteurs européens subissent une canicule importante.
Les stocks et les options diminuent
La Russie exportait entre 700’000 et 800’000 barils de diesel par jour, dont une grande partie était destinée au Brésil et à la Turquie après que l’Europe eut boudé les achats russes. Moscou avait déjà réduit ses exportations maritimes de diesel, à 260’000 barils par jour en juin.
Les pays qui ont continué à s'approvisionner auprès de Moscou vont désormais se disputer le diesel que l'Europe importait pour remplacer les barils qu'elle obtenait auparavant de la Russie et du Moyen-Orient.
Aux États-Unis, premier exportateur mondial de diesel, les stocks de distillats, qui comprennent le diesel et le fioul domestique, oscillaient la semaine dernière juste au-dessus de leur plus bas niveau depuis 23 ans, à environ 100 millions de barils, selon les données de l’Energy Information Administration. Il est fort probable que l’administration Trump ne va plus pouvoir puiser dans ces réserves et les prix vont remonter.