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Produire beaucoup et pas cher avec une énergie et une mobilité pas chères

Par Thomas Norway – Produire beaucoup et pas cher avec de l'énergie pas cher et beaucoup de main-d’œuvre pas chère pour faire pas cher. Voilà, résumé en quelques mots, les fondements de notre système économique mondial.

Cependant, un problème majeur actuel c’est que ça pollue un chouïa (dont du CO2) et une solution pourrait être d’électrifier l’ensemble du secteur du transport. Est-ce qu’en électrifiant les transports et surtout les véhicules particuliers, ne serions-nous pas en train de lâcher la proie pour l’ombre ? Mais au fait, quel est le rôle du transport ?

 

Le rôle du transport dans un système n’est pas forcément bien compris et ceci pourrait poser quelques soucis dans les années et décennies qui viennent. Hormis quelques cas particuliers et parfois à la limite de la crétinerie comme "les vols vers nulle part", on ne déplace pas d’humains ou d’objets juste pour la beauté du geste.

En effet, le rôle du transport est double car il permet aux consommateurs d’accéder à un bien ou un service, c’est donc un moyen, un intermédiaire mais il permet également au tissu économique mondial de générer, entretenir et renouveler des objets complexes, technologiques dont dépendent nos sociétés.

 

Pourquoi construire des usines énormes ?

Si un pays a une large main-d’œuvre peu chère et de l’énergie utile bon marché, elle peut produire énormément de produits à bas-coût. De plus, en général, pour des raisons d’économie d’échelle et physique, plus une unité de production est grande, plus elle est rentable (voir fin de rubrique).

Si une demande existe, le facteur limitant de la taille de l’usine sera le prix de transport car en produisant, par exemple, pour deux fois moins cher que la concurrence (50 au lieu de 100) et que le transport coûte 0,1 par kilomètre, cette unité de production sera compétitive à 500 kilomètres à la ronde.

Ceci explique le gigantisme des sociétés, usines et des porte-containers maritimes.

Les deux paramètres de la diffusion d’un produit sont donc :
    • Produire beaucoup et pas cher
    • Un transport pas cher.

Mais ces deux éléments ne sont peu ou pas corrélées car les sources d’énergie utile pour produire (gaz et charbon) et pour se déplacer (pétrole) sont différentes.

Le transport ne peut être au mieux qu’un facteur limitant la production maximale.

 

Produire beaucoup et pas cher

Pour produire "beaucoup et pas cher", il faut principalement :
    • Beaucoup l’énergie utile bon marché pour faire beaucoup
    • Beaucoup de main-d’œuvre pas chère pour faire pas cher (nomination au concours Lapalissade 2022).

Toute ressemblance avec un pays asiatique qui lorgnerait sur une île produisant 60% des puces électroniques mondiale serait purement fortuite.

 

Un transport pas cher

Il faut principalement :
  • De l’énergie brut bon marché
  • Un transport efficient (pour avoir de l’énergie utile bon marché)

Exemples en considérant qu’une demande existe :
    • En produisant peu et pas cher, la clientèle sera faible et à proximité donc le transport aura peu d’impact
    • En produisant beaucoup et cher, soit c’est la faillite soit la clientèle sera faible et le transport aura peu d’impact car réservé à une élite économique.
    • En produisant beaucoup et pas cher, la clientèle sera élevée et c’est le coût de transport qui limitera celle-ci.

 

Les limites des ménages

Similairement, habiter une maison 4 façades avec jardin et faire 50 kilomètres par jour pour aller travailler requiert :
    • Un transport peu cher car avec de l’essence à 10€, la recherche géographique de ladite maison serait différente
    • Des productions importantes et peu chères pour que la maison soit construite mais également pour que travail actuel soit identique voire existe encore.

Si on ne peut pas produire beaucoup et pas cher, les raisonnements ci-avants impliquent :
    • Soit que le produit n’existe plus et de nombreux emplois dépendent des productions industrielles. Moins de produits, moins de magasin, moins de vendeur.

Moins d’acier, moins de voitures, moins de machines-outils, moins d’ingénieurs et d’ouvriers. Moins d’électronique, moins d’ordinateur, moins de concepteurs.
    • Soit le produit est réalisé à proximité ce qui requerra plus d’extraction et plus d’usines et donc plus d’ouvriers et donc moins de vendeurs, de concepteurs, de médecins ou de banquiers.

Remplacer le service offert par une machine mécanique requiert de très nombreuses machines humaines qui ne sont plus disponibles pour faire autre chose.

 

Limite de la complexité technologique

L’évolution des sociétés humaines va de pair avec la complexité des objets qu’elles utilisent car la complexité améliore l’efficacité mais jusqu’à un certain point étant donné la loi des rendements décroissants.

Les outils en carbure de tungstène-cobalt sont plus efficaces que ceux en acier carbone qui sont eux-mêmes plus efficaces que les outils en bronze ou en pierre. Le moteur bourré d’électronique d’une voiture actuelle consomme moins de carburant par kilo déplacé à une vitesse donnée qu’une voiture des années 60.

On retrouve 40 métaux différents dans un smartphone contre 5 dans un vieux téléphone analogique.

Cependant, plus un objet est complexe plus il requiert des ressources différentes, des alliages adaptés, des traitements spécifiques, un ou plusieurs assemblages méthodiques et comme les ressources et les usines ne sont pas et ne peuvent pas être localisées toutes au même endroit, la conséquence immédiate de la complexité est un recours croissant au transport.

Une société techno-industrielle complexe ne peut se maintenir qu’en dépensant une part importante de son énergie aux transports mondialisés.

 

Le changement climatique et les transports

En ce qui concerne les émissions de CO2, environ 16% sont dues aux transports et décarboner le transport en électrifiant celui-ci est une très bonne chose si cela est fait intelligemment, d’autant plus que les alternatives au moteur à combustion interne offrent en moyenne un plus haut rendement en énergie utile.

Cependant, l’industrie représente 25% de ces émissions et est fortement dépendante du gaz mais, par-dessus tout, du polluant charbon et de son énergie utile sous forme de chaleur ou d’électricité (très) bon marché.

Comme expliqué précédemment, une énergie utile bon marché est une condition physique non négociable pour produire "beaucoup et pas cher."

Dès lors, si l’objectif principal est de décarboner la société humaine pour éviter le menu "soucis climatiques" dont les événements 2021-2022 ne sont que les hors-d’œuvre, il faudra se passer du charbon et de ses productions. Mais sans cette production pléthorique, il y aura moins de machines et elles seront plus low-tech, moins de complexité, moins de maisons 4 façades et des emplois différents en quantité, type et localisation.

 

Comprendre le système dans son ensemble

Vouloir traiter un secteur sans comprendre le système dans son ensemble est un vœu pieux et investir dans des outils, machines et technologies qui n’auront peu ou pas d’usage à l’avenir est une perte de temps et d’énergie ; ce seront tôt ou tard des actifs échoués. 

Selon l’objectif que l’on donne à la société humaine, il y a lieu d’adapter le transport et l’aménagement du territoire à ce que la société sera et non à ce qu’on l’on souhaite ou espère qu’elle soit.

Il faut donc planifier une réduction de la quantité totale de transports (superflus au premier ordre) tout en conservant des transports efficients pour les biens et services essentiels. Dès lors, la société future disposera d’une marge de manœuvre suffisante pour éventuellement pouvoir maintenir sa complexité technologique et ainsi perdurer.

De ce fait, densifier intelligemment l’habitat le long d’axes cyclables, ferroviaires, fluviaux et maritimes et faire de même pour l’industrie et les services, serait un bon pas pour débuter le marathon qui nous attend sans voiture électrique ou autre gadgetomobile.

 

Rubrique de Thomas Norway, spécialiste en systémique de l'énergie.  "Je ne suis pour ou contre aucune technologie, je suis pour la compréhension du problème et l’acceptation démocratique des conséquences de nos choix."

 

Pour terminer cette rubrique :

« Quand yapu, yapu ! » Cyrus Farhangi de Plan(s)B
« La société moderne, c’est la société des angles morts » Armand Rochette
« Plus c’est gros et mieux ça passe » Jacques Chirac
En effet Monsieur Chirac car, par l’exemple, un four à acier cubique de longueur L donnera une production de L³ et des pertes simplifiées de 6L². Donc, plus la production sera importante, plus le four sera efficace.

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