De la croissance du charbon aux guerres mondiales

Par Thomas Norway – Au 19è siècle, Une partie de la paysannerie a trouvé le chemin des manufactures et des mines. Les productions décollent. La bourgeoisie industrielle naissante s’empresse de remplacer les animaux de trait par des machines, les rivières par des chemins de fer et de faire partir les voiles en fumée car… on n’arrête pas le progrès, même lorsque celui-ci conduit à une guerre mondiale, pour le plus grand bonheur de pas grand monde.

Quelles époques, que d’exemples! On ne sait plus où donner de l’EROI et surtout de l’efficacité. Comme l’aspirine, c’est effervescent mais le mal de tête arrive après.

 

La petite bête qui fume, qui fume

Un animal de trait puissant nourri au grain a un EROI inférieur à 3.  Pour l’industrie (les applications fixes), l’amélioration des rendements des machines à vapeur a permis de dépasser cette valeur vers 1800, et donc d’avoir un remplaçant intéressant énergétiquement ainsi qu'économiquement car on améliore le EROI utile d’un même service.

En plus, cerise sur le gâteau, les paysans qui géraient et nourrissaient ces bêtes étaient libre de pouvoir aller travailler ailleurs.

 

Le train train arrive

Le problème de l’acier de qualité à bas prix, c’est que sa production impose de passer par la case haut-fourneau et de tirer une "carte transport". En effet, pour être rentable, un haut-fourneau doit être grand, et produire beaucoup. Dès lors, pour trouver acquéreur, ces tonnes d’acier doivent donc être transportées sur de plus longues distances.

Et ça, c’est ennuyeux parce que le transport n’est pas une valeur ajoutée : aucune raison de payer plus cher un acier vieilli 3 ans dans une brouette fut-ce t’elle en chêne.

Mais heureusement, le frottement acier sur acier ferroviaire est bien plus efficient que celui de la roue sur pavés, boue, cailloux au choix ou mélangés. Donc, on creuse des canaux et on construit des lignes de chemin de fer pour relier tout ce beau monde (mines, rivières, fonderies, manufactures et villes) et c’est la "railway mania 1" des années 1820.

On en profite même pour transporter des gens, car l’extension des villes commence à poser des problèmes logistiques. Les ouvriers affluent dans les villes que fuient les patrons, car le charbon, ça rapporte mais ça pique les yeux et ça colle aux poumons.

"Londres est une ville de brouillards et de charbon de terre : au bout de huit jours, une chemise n'y est plus mettable." Henri Monnier – 1825.

Résultat : la production a pu être augmentée sans contrepartie grâce à l’amélioration de l’efficacité de production mais également en limitant la perte du transport qui conduit à une augmentation du EROI utile global et tout ça fleure bon l’expansion sans limite.

 

Maman les p'tits bateaux. L'avènement de la marine et baisse de l'efficacité énergétique

Comme le commerçant aime commercer et que les bénéfices ça se dépense, l’import-export maritime n’est pas en reste.

Et là, bardaf, c’est l’embardée : dérapage incontrôlé et surtout incompris.

Car oui, le vent est imprévisible, il n’y en a pas assez partout, c’est lent… Mais c’est rentable pour un service qui, en prime, n’apporte aucune plus-value. En effet, le EROI utile de la marine à voile est excellent car il ne nécessite que du bois et de la toile pour accaparer une énergie gratuite.

Dès lors, en remplaçant la voile par des moteurs à vapeur, le EROI utile de ce service (le transport maritime) a été très fortement réduit. Un choix économique qui s’avère funeste, car vu l’imposante quantité d’énergie utile requise par la marine, cette baisse n’a pas su être compensée par les gains des autres secteurs de l’énergie.

En conséquence, cette évolution conduit à une baisse importante de la quantité des autres biens et services disponibles pour les "sans-dents", qui n’apprécient pas trop qu’on essaye de réduire le peu qu’il leur est laissé.


Share of sail-, steam-, and motorships in gross tonnage registered in the commercial ship fleet
of the United Kingdom. Source: Grübler.
Attention à l’échelle logarithmique

 

Le Charbon: des guerres...

L’incompréhension du problème provoque des rivalités entre pays et entre classes sociales.

Bientôt adviennent des crises boursières et migratoires, un appauvrissement, la montée des extrêmes et du populisme. Comme un élastique, la situation se tend progressivement, et finit par rompre en ses points les plus fragiles. C’est le temps des révoltes, des révolutions et des guerres.

Oui, la première guerre mondiale, la révolution russe et d’autres événements sanglants sont majoritairement dus à un usage déraisonné du charbon.

Les contraintes imposées par la physique sur le contexte socio-économique ne sont pas négociables. Réduire le EROI utile d’un service doit être compensé d’une manière ou d’une autre car quelqu’un doit toujours payer l’addition : "Il n’y pas de repas gratuit." Milton Friedman

 

Mais, tout revers à sa médaille. Une guerre augmente, entre autres, l’investissement dans l’armement qui cherche à améliorer la qualité des aciers pour augmenter la pression du fût afin de tirer plus lourd et plus loin que le camp d’en face. Ce même acier qui sera ensuite bien utile pour améliorer l’efficacité des moteurs…

Pour vous en convaincre, je vous propose de visiter le graphique de l'évolution du rendement thermique des moteurs qui a été décuplé. Bluffant, n’est-ce pas ?

 

Sources : Edisson electric institute & Brian Williams website

 

...A nos jours

Le contexte actuel est inquiétant car il présente de trop nombreuses similitudes : montée des extrêmes, guerres, conflits, bulles financières, inégalités, (im)migration…

D’un côté, il est tentant de faire porter le chapeau au COVID, à la-faute-à-pas-de-chance, à d’autres groupes d’humains ou à n’importe quoi qui permet de reporter la source dudit problème le plus loin possible de soi-même.

D’un autre, l’histoire nous montre que baser une transition énergétique sur des moyens de production plus faibles sans en comprendre et en expliquer les conséquences est bien souvent une source de problèmes peu sympathiques.

Ceci, sans compter les dérèglements climatiques qui rajoutent une couche de crème sur un gâteau déjà bien indigeste.

 

Rubrique de Thomas Norway, spécialiste en systémique de l'énergie.  "Je ne suis pour ou contre aucune technologie, je suis pour la compréhension du problème et l’acceptation démocratique des conséquences de nos choix."




Pour terminer cette rubrique, invitons des personnes connues:
Vous êtes prisonnier d’un système de civilisation qui vous pousse plus ou moins à détruire le monde pour survivre.” Daniel Quinn

Nous avons appris que plus n'est pas nécessairement meilleur, que même notre grande nation a ses limites reconnues, et que nous ne pouvons ni répondre à toutes les questions ni résoudre tous les problèmes ... nous devons simplement faire de notre mieux.” Jimmy Carter

Le charbon ne change pas de couleur quand on le lave. Ce qui ne peut être guéri doit être enduré.” Dominique Lapierre – La cité de la joie

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