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Avec cette crise, nous redécouvrons la valeur de l’énergie

L’accès aux énergies se complique avec la guerre en Ukraine. De plus les distributeurs d’électricité annoncent une hausse de 40 à 70 % du prix du kilowattheure (kWh) pour 2023. A long terme, cette tendance ne semble pas fléchir, mais la volatilité des prix du gaz, du charbon et du pétrole rend toute prédiction compliquée. On fait le point avec Laurent Horvath.

Le prix de l’électricité a nettement augmenté. Est-ce que cette tendance va continuer ?

 

Les spécialistes pensent que oui, mais c’est très difficile à se prononcer car il y a beaucoup de variables. Le prix de l’électricité est basé sur les négociations en bourse au niveau européen, il est très fluctuant. Le KWh s’échange entre 15 et 30 centimes selon le jour et l’heure  contre 4 à 8 l'an passé.

Il peut monter ou diminuer selon le prix du charbon et du gaz, il pourrait même chuter s’il y a une contraction de l’économie mondiale. Précisons qu’en Suisse, nous avons plus de chance que d’autres pays, nous sommes immunisés contre une trop grande volatilité des prix  de l'électricité.

 

Comment?

Pour les particuliers les prix sont fixes durant toute l'année, ce qui diminue les à-coups. 

En Angleterre, par exemple, le tarif fluctue au jour le jour et les clients subissent des variations importantes et excessives. Une trentaine de leurs distributeurs ont fait faillite, une demi-douzaine en Allemagne. La commission européenne a choisi de pousser assez loin le concept de libre marché. Elle interdit à ses membres les achats d’énergies comme le gaz, sur plus d’une année. Cette stratégie fonctionne bien par beau temps, mais subit les crises violemment.

 

Le mazout (fioul de chauffage) suit-il la même tendance que l’électricité?

Son prix a doublé. Il semble se stabiliser, mais le jour où la Chine va se déconfiner, elle va se jeter sur les marchés et il faut s’attendre à une forte hausse. Par contre si une crise financière arrive, le prix du baril va chuter, comme celui de l’électricité.

 

C’est la deuxième fois que vous évoquez une crise financière. C’est une probabilité?

Nous connaissons presque les mêmes conditions qu’avant celle de 2008.

Les matières premières, la nourriture, l’énergie, tout augmente. Aux Etats-Unis, le taux d’inflation est de 8,5%, en avril, tandis que le PIB recule de 1,4% à 1,1%. L'inflation augmente et la croissance diminue. En général une crise survient dans les neuf à vingt mois après ces signaux. On parle actuellement de bulle immobilière en Chine et aux Etats-Unis. On ne sait pas laquelle va exploser en premier, mais ça risque de secouer.

 

Le gaz russe pourrait ne plus couler. Arriverons-nous à nous chauffer l’hiver prochain?

Les Russes ont besoin de devises et ne couperont pas le robinet. Mais, vu la tension géopolitique, l’Europe pourrait prendre la décision kamikaze de boycotter le gaz et le pétrole russes.

Dans ce cas, pour la Suisse c’est simple, elle n’a pas de réserves gazières. En Europe, le pays est en bout de chaîne et sera le dernier servit. Mais cela fait vingt ans que les spécialistes préviennent qu’une telle situation pouvait arriver. Les entreprises ou les privés qui ont tout de même choisi le gaz sont grands et vaccinés, qu’ils assument.

 

Les Russes ne sont pas les seuls producteurs de pétrole. Pourquoi ne pas se fournir au Moyen-Orient ou aux Etats-Unis?

L’Europe n’a plus beaucoup de possibilité de trouver du pétrole de qualité similaire à la Russie. Elle a lâché l’Iran lorsque Donald Trump a déchiré l’accord nucléaire et la Chine a sauté sur l'occasion pour en obtenir une exclusivité. Quant aux Etats-Unis, la qualité de son pétrole de schiste n'est pas assez riche pour en faire du diesel et ne convient pas vraiment aux raffineries européennes.

 

Des pénuries d’électricité sont aussi évoquées en hiver. Le Conseil fédéral veut forcer les barragistes à garder de l’eau pour l’hiver. C’est suffisant?

En théorie, oui. En pratique cela pourrait coûter cher.

Si le producteur arrive à vendre son KWh à un franc au lieu de trente centimes, pourquoi ne le ferait-il pas, alors que le marché peut s’écrouler un mois plus tard?

Il y a un autre moyen de contrer une pénurie: éviter le gaspillage qui représente 30% de la consommation des privés et plus de 40% de celle des entreprises. Avec cette crise, nous redécouvrons la valeur de l’énergie et de l'eau, des biens essentiels pour notre confort et notre survie qui, ces dix dernières années, étaient sous-évalués.

 

Interview publiée dans le journal Le Nouvelliste par Alexandre Beney.
 






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