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Energétiquement, l'Arabie Saoudite et la Russie sont incontournables

Joe Biden avait promis de traiter l’Arabie Saoudite en "paria" en raison des graves violations des droits humain. L’augmentation des prix aux stations d'essence américaines, une inflation à 9,1% et une débandade démocrate annoncée lors des élections de novembre font prendre au président américain un virage à 180 degrés.

En visite à Ryad, il a tenté de mettre un grain de sable dans l’amitié Arabie Saoudite-Russie et de donner l’illusion qu’il allait faire descendre le prix moyen de l’essence sous les $4,60 le gallon aux USA. Il espère également freiner les impacts de la machine infernale qu’il a lancé avec la guerre en Ukraine.

 

Donner l'impression d'être en charge

Joe Biden a déclaré qu'il s'attendait à ce que l'Arabie saoudite prenne "de nouvelles mesures" pour augmenter l'offre de pétrole dans les "prochaines semaines". La question est de savoir si l’Arabie Saoudite a les capacités géologiques pour le faire.

Actuellement, avec des extractions record à plus de 11 millions b/j (barils par jour) la réponse est clairement non. Ryad n'a jamais dépassé ce niveau sur une durée prolongée afin de ne pas endommager ses puits âgés.

Le président Biden a ajouté  "je fais tout ce que je peux pour augmenter l'offre de brut et j'espère y parvenir. L'Arabie saoudite partage cette urgence et, sur la base de nos discussions d'aujourd'hui, je m'attends à ce que nous prenions de nouvelles mesures dans les semaines à venir."nir."

De l'Europe, Joe Biden, n'a pipé mot. L'unique intérêt des USA, reste les USA.

 

Joe Biden, conférence de presse après la rencontre


Une déclaration conjointe publiée après la rencontre par l'Arabie saoudite ne mentionne pas d'augmentation de l'offre, mais indique que les deux pays "ont renouvelé leur engagement envers la stabilité des marchés mondiaux de l'énergie" et que les États-Unis "ont salué l'engagement du royaume à soutenir l'équilibre du marché mondial du pétrole." Dans la déclaration, il ne manque plus que la mention "l’eau, ça mouille" pour prétendre au Champignac d’or.

Le ministre des Affaires Etrangères Adel al-Jubeir a souligné que les extractions de pétrole du royaume seraient décidées en fonction de la demande. "Le pétrole n'est pas une arme politique, le pétrole n'est pas un réservoir. Vous ne pouvez pas le pointer vers quelqu'un et tirer. Le pétrole est une marchandise."  Ce point de vue peut être challengé.

Entre les lignes, on comprend que l’Arabie fera tout pour assurer le maximum d’entrées en pétrodollars avant qu’une nouvelle crise financière vienne faire chuter la demande et les cours. Un tiens, vaut mieux que deux tu l'auras.

Paradoxalement, afin de diminuer le prix du baril aux Etats-Unis, Washington puise 1 million de barils de pétrole par jour dans leurs réserves depuis les 5 derniers mois. Cependant, des indiscrétions ont révélé qu’une partie de ce pétrole brut est parti directement en Chine !

 

 

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L'Arabie Saoudite importe du pétrole de la Russie

Depuis quelques années, la Russie a rejoint l’OPEP (OPEP+) avec l'objectif de mieux contrôler les prix et les parts de marché afin de rentabiliser au maximum, et le plus longtemps possible, les dernières gouttes de pétrole au lieu de les laisser sous le sol.

Juste avant la pandémie, Moscou et Ryad s’étaient unis pour saper les parts de marché du schiste américain. La pandémie aura fait le reste.

Encore plus intéressant, selon les données de Reuters, l'Arabie saoudite a importé 647’000 tonnes de pétrole russe entre avril et juin, soit le double à pareille époque l’année dernière. Afin de trouver de nouveaux débouchés face à l’embargo Européen, la Russie vend son pétrole à prix d’amis. Via ce schéma, il n’est pas impossible que les USA viennent à acheter du pétrole Russe via l’Arabie Saoudite. A Bruxelles, on doit se mordre les doigts.

L'Arabie saoudite est l'un des rares pays à utiliser du pétrole brut pour la production d'électricité, bien qu'elle ait pris des mesures pour réduire cette quantité en augmentant sa production de gaz naturel et en convertissant les centrales électriques au gaz, de sorte qu'il reste davantage de pétrole brut à exporter à pleins tarifs.

En Arabie Saoudite, en Inde et en Chine, les réductions des exportations de pétrole et de diesel russes dues aux sanctions européennes ont fait du fioul russe une matière première privilégiée et bon marché.

 

Des prévisions pétrolières pour 2023

Du côté de l’OPEP, on estime que la demande mondiale de pétrole devrait ralentir passant d'une croissance de +3,36 millions baril par jour (b/j) en 2022 à +2,7 millions en 2023.

La demande mondiale totale en 2023 devrait atteindre en moyenne un niveau record de 103 millions de b/j, contre 100,29 millions de b/j cette année.

Si les planètes restent alignées, l'OPEP voit la demande mondiale de pétrole au quatrième trimestre de 2023 atteindre 105,4 millions de b/j. Le monde n’a jamais consommé plus de 102 millions b/j.

Ce niveau va tester les limites géologiques actuelles d’autant que le schiste russe ne pourra être activé à cause des sanctions technologiques et financières.

Depuis le peak oil de pétrole conventionnel durant la crise de 2008, le schiste américain et le bitume canadien avaient pratiquement couvert la totalité de la hausse de la demande. Avec le plafonnement du schiste américain et l’impossibilité d’extraire le schiste russe, la tâche semble impossible.

L'OPEP part du principe que l'économie mondiale connaîtra une croissance en 2023 et que le COVID, la guerre en Ukraine ou le resserrement de la politique monétaire n'auront pas d'impact sur la croissance économique "à un degré majeur." Les estimations de l'OPEP concernant la demande mondiale de pétrole supposent également que les principales économies reviennent à la croissance. Là, un bémol doit être mis.

 

A voir les courbes des indicateurs financiers, il est de plus en plus probables que les USA et l'Europe se dirigent vers une crise économique. Dans ce contexte, les prix des matières premières devraient à nouveau chuter. Reste à déterminer la date de ce prochain krach.

Cette perspective connue de Ryad et de Moscou les poussent à engranger un maximum de cash pour amortir la chute à venir. D'ici là, Biden ne sera pas le dernier président à retourner sa veste. Tant l'Arabie Saoudite que la Russie restent des hubs énergétiques incontournables.

 

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