Le nucléaire français, cette bombe à retardement

A quelques jours des élections, le président Emmanuel Macron a marqué sa volonté de maintenir un quasi-monopole de l’énergie nucléaire dans le mix de production électrique du pays. Grâce à cette stratégie, hors de l’emprise du gaz russe, l’indépendance électrique de la France a été portée en étendard.

Certains politiciens se gaussent de la cruelle dépendance gazière de l’Allemagne dans une ambiance teintée d’Ukraine. Cependant, en regardant l’accès à la ressource uranium, Paris s’assoit sur une véritable bombe à retardement, qui a le potentiel de dérégler le système électrique européen.

 

Des gisements en déclin

Les 8000 tonnes annuelles d’uranium, qui alimentent les centrales de l’Hexagone, sont extraites principalement au Niger, au Canada et au Kazakhstan.

Dans ce contexte, la faillite de l’action Barkhane au Mali sonne comme un signal d’alarme inquiétant. La force russe Wagner, stationnée au Sahel, se trouve à une portée d’obus des mines d’uranium du Niger.

De son côté, la Chine grignote de plus en plus l’hégémonie de la France-Afrique. Pour garder la face, Paris a dû s’engager à livrer à Pékin, une partie de la production nigérienne d’uranium.

Au Kazakhstan, inutile de rappeler les événements du début d’année et la franche camaraderie avec Vladimir Poutine.

Le Kazakhstan est le premier producteur mondial d’uranium et le lien, qui relie les 56 réacteurs français à cette manne, ne tient qu’à la volonté du président russe. Combien de temps encore le Mali et le Kazakhstan seront d’accord et capables de livrer leurs trésors à la France?

La question reste ouverte. Du côté géologique, le Niger a atteint son pic uranium en 2015 et le Kazakhstan en 2016.

 

Maintenir un fleuron de l’industrie

La décision du président Macron de construire six nouveaux réacteurs et huit en option, peut s’expliquer sous le prisme de la désindustrialisation du pays et de la perte d’expertise de sa puissance militaire nucléaire. La construction d’une dizaine de réacteurs rêve de maintenir ce savoir-faire réparti sur 160 000 emplois.

Cependant en 2007, une erreur stratégique d’Anne Lauvergeon, l’ancienne directrice d’Areva, est venue contrarier cette perspective. Aveuglée par un marché prometteur, elle brada la construction de deux réacteurs EPR en Chine et céda les plans ainsi que la technologie.

Aujourd’hui, Pékin a introduit dans son catalogue un EPR français made in China à 7 milliards d’euros, financement compris, contre plus de 12 milliards pour la version originelle. Au nez et à la barbe de la France, Pékin a vendu ses EPR au Pakistan et en Argentine. Seul succès d’EDF, les deux EPR en construction en Angleterre, qui ont vu le jour grâce à la participation financière de… la Chine.

En France, le plan Macron coûterait entre 58 milliards et 80 milliards d’euros. La France n’aurait-elle pas intérêt à commander ses six nouveaux EPR à la Chine?

L’économie serait faramineuse pour un pays dont la dette représente 115% de son PIB. On pourrait craindre des centrales aux rabais, pourtant la France a entièrement validé la mise en service de l’EPR chinois.

On comprend également mieux le subside d’un milliard d’euros offert par Emmanuel Macron pour le développement de nouveaux petits réacteurs nucléaires. Paris tente une diversification tardive.

 

Allemagne et France: «too big too fail»

Alors que les relations avec la Russie, le fournisseur d’énergie incontournable de l’Europe, se sont durcies, les gouvernements doivent méticuleusement évaluer les choix technologiques, les enjeux géopolitiques à moyen terme ainsi que les ressources géologiques encore à disposition. Dans la décision française, tous les voyants clignotent.

Avec un mix électrique plus diversifié, l’Allemagne fait mieux. Les deux pays ne peuvent pas se permettre d’être à court de carburants pour produire de l’électricité sous peine de plonger le continent dans un black-out. S’il fallait s’en convaincre, il suffit de regarder les prix s’envoler sous la pression du gaz et de l’arrêt pour la maintenance de 20% du parc nucléaire français.

 

Initialement publié dans le journal Le Temps

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