L’électricité française électrocutée

Quand ça ne veut pas, ça ne veut pas ! EDF le géant électrique français accumule les revers comme un aimant une boite d’aiguilles.

Du côté des bonnes nouvelles, on note en vrac: l’EPR de Flamanville accuse un nouveau retard de 12 mois pendant que la facture va atteindre les €12,7 milliards. La centrale de 3,5 milliards devait entrer en fonction en 2012. A cause de révisions et de problèmes, 10 réacteurs sur 56 sont à l’arrêt. Ca tombe mal, janvier et février sont les mois les plus gourmands en électricité. Des problèmes de corrosion ont été découverts dans une série de 5 réacteurs. On ne sait pas si d’autres unités sont touchés.

La construction des 2 EPR en Angleterre a subit une hausse de €500 millions pour dépasser les €25 milliards. EDF cumule une dette de €42,3 milliards.

 

Du côté des mauvaises nouvelles : les prix de l’électricité sur la bourse européenne touchent des sommets.

Décryptage :
Sur les marchés européens, les prix du jour (spot) sont passés de €3,7 ct kWh à plus de 30 ct. avec des pointes à plus de 50 ct par kWh.

Les élections ont lieu dans 3 mois. Les prix de l’essence et du gaz ont grimpé et l’on sait combien les gilets jaunes sont chatouilleux sur ce sujet. Une augmentation trop forte des prix de l’électricité a le potentiel de compliquer la réélection, pourtant évidente, du président Macron.

Du coup, il a décidé d’injecter € 20 milliards supplémentaires de subsides afin de ne pas répercuter entièrement la grimpette des prix de l’électricité pour stabiliser la hausse à 4% au lieu de 35%. Ainsi €12 milliards sont payés par l’Etat et 8 milliards par EDF.

Ainsi, la dette d’EDF va grimper à 50 milliards alors que la Cour des Comptes estime à €100 milliards la remise à niveau des centrales françaises et pour trouver une solution aux déchets.

Jusque-là, c’est relativement simple. La complication arrive ici.

Comme le 25% du parc nucléaire français est en panne, EDF a dû acheter à terme, pour janvier et février, de l'électricité à des tarifs de 30ct à €1 le kWh qu’elle va devoir revendre à ses clients (citoyens et autres acteurs de l’électricité) à des prix bradés.

Il n’est pas illusoire de penser que le job de PDG à EDF ce n’est pas le poste le plus relax du moment.

 

Lire article du 1 mars 2011: EDF - AREVA: Des situations financières préoccupantes



Et on fait quoi après ?

Après les élections, le prix de l’électricité en France devrait grimper car le gouvernement n’a pas la capacité financière de continuer à jouer contre la bourse.
On notera qu’à l’époque, le PDG d’EDF, Henri Proglio, avait demandé au Président Sarkozi de doubler le prix de l’électricité pour faire face aux échéances à venir. Henri Proglio fut remplacé.

Dernièrement, le président Macron a proposé la construction de 6 nouvelles centrales EPR. A moins que l’Etat ne remette des subsides sur la table, une nouvelle option se dessine : financer ces nouvelles centrales par la Chine, processus déjà utilisé en Angleterre. Poser cette option sur la table, crispe, bien que le mandarin soit une langue fort agréable.

Autre pierre dans la chaussure du président Macron, l'accès à l'uranium du Niger et du Kazakhstan. Les deux pays font tourner les réacteurs français pendant que la Russie se rapproche des mines du Niger via sa milice Wagner et que la situation au Kazakhstan est connue. L'avenir montrera si ces deux sources d'approvisionnement d'uranium restent fiables. Paris ne peut que croiser les doigts.

 

Efficience et transition énergétique

En réalité, la France, comme ses voisins, est impactée frontalement par la forte hausse des cours de l’électricité à la bourse européenne. Tenter de contrer cette hausse par des subventions équivaut à se battre contre des moulins à vent et ne sert qu’à enrichir les actionnaires et les spéculateurs.

En aucun point, elle ne sert, à moyen terme, à diminuer la précarité énergétique. Cette constatation est valable pour tous les pays européens. Elle pause la cruciale question de la transition énergétique.

Problème supplémentaire pour la France, à force d’avoir voulu faire croire que son électricité nucléaire était financièrement imbattable grâce à des subsides déguisés, la France se retrouve dans une spirale de dettes bien compliquée avec un niveau de 115% par rapport au PIB.

 

On se rappelle (en lisant cet article du 13 nov 2009, l'un des premiers articles dans 2000Watts.org), que 15 réacteurs EDF étaient l’arrêt. Record à battre.


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