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Extinction du pétrole: rébellion des majors

Les grandes entreprises pétrolières et gazières (majors) font face à un dilemme: continuer à livrer leurs stations ou se muer en fournisseurs d’électricité et d’hydrogène. Les principaux acteurs mondiaux se sont réunis à la 40e conférence Oil and Money à Londres.

Ecrite d’ordinaire sur du papier à musique, cette édition a été marquée par le sceau d’une remise en question murmurée par les investisseurs et hurlée par la centaine de membres d’Extinction Rebellion devant les portes de la conférence.

 

Faire de l’argent

Paradoxalement, le rôle principal d’un pétrolier n’est pas d’extraire des hydrocarbures. Son objectif repose sur la création de bénéfices afin de générer des dividendes assez généreux pour attirer des investisseurs qui financeront l’exploration et l’exploitation de nouveaux gisements.

Ce cycle parfaitement huilé repose prioritairement sur l’accès aux capitaux. Rien que cette année, il aura fallu 57 milliards de dollars pour financer de nouveaux gisements. Grâce aux dividendes, l’industrie pétrolière a rendu addicts les investisseurs.

 

Le dilemme de la transition

D’ici à 2050, les projections des grandes institutions, comme l’Agence internationale de l’énergie, indiquent une progression presque linéaire de nos besoins en pétrole et en gaz afin de satisfaire les 2 milliards d’humains supplémentaires ainsi que l’augmentation de 1,1 à 2,4 milliards de véhicules à moteur. Avec une croissance économique annuelle moyenne de 3%, nous devrions utiliser 50% d’énergies en plus. Justes ou fausses, pic pétrolier ou pas, ces prévisions confortent certaines compagnies pétrolières et inquiètent les autres.

D’habitude placides face aux pressions de la rue, la nervosité des dirigeants a transpiré dans leurs discours. Claudio Descalzi, le PDG de l’italien ENI, rejette la faute sur les autres: «Les majors, nous ne représentons que 10-15% de la production pétrolière et gazière dans le monde et nous ne possédons que quelques pour cent au niveau des réserves. Si nous arrêtons de produire, rien ne changera.» Du côté de BP, son PDG, Bob Dudley, défend le gaz naturel de plus en plus pointé du doigt.

Bien qu’il milite pour une réglementation stricte des émanations de méthane, dans les coulisses son entreprise, aux côtés de Shell, ExxonMobil, Total et Chevron, finance de puissants lobbies, comme l’American Petroleum Institute, qui œuvrent dans la direction inverse.

Sans gêne, Shell estime que 85% des émissions proviennent des utilisateurs d’énergies fossiles et que seuls 15% lui sont imputables. Cependant, les majors européennes sont en train d’ouvrir des brèches et expérimentent des énergies alternatives. A défaut de s’inquiéter du climat, elles font face à leur propre urgence.

 

Reverdir leur image

Comment pérenniser dans le temps leur légitimité énergétique alors que la jeunesse du monde entier proteste contre elles? Comment ne pas s’aliéner les clients de demain? Ces interrogations résonnent de plus en plus fortement alors que les majors vont devoir réorienter leur business avec une transition de l’essence vers l’électricité ou l’hydrogène.

Il n’est pas impossible de voir une fracture entre les différents acteurs. Si certains comme ExxonMobil et Chevron restent droits dans leurs bottes, Shell, Equinor ou Total tentent des incursions timides dans les énergies renouvelables. L’objectif est de reverdir leur image et d’anticiper l’avenir d’autant que cette année, dans le monde, un seul nouveau baril de pétrole a été découvert sur les six qui ont été consommés.

Les plus proactives pourraient choisir de ne plus servir certains clients comme les compagnies d’aviation ou les jets privés. Elles pourraient se distancier des véhicules les plus gourmands, comme les SUV, avec des tarifs plus chers. Utopique? Cette pratique est courante auprès des banques et des assurances qui choisissent leurs clients à risque et adaptent leurs primes ou intérêts.

Plus que jamais, les compagnies pétrolières ont besoin de leur propre rébellion!

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