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Nucléaire Fukushima: un An après

Interview de Laurent Horvath publiée dans le journal Le Temp.
Dans la presse, une actualité en chasse une autre. Laurent Horvath, économiste spécialisé dans les questions d’énergie et fondateur du site 2000 Watts.org, suit lui minutieusement depuis un an tous les développements de la catastrophe de Fukushima. Pendant huit mois, il s’est levé à quatre heures du matin pour collecter les informations en provenance du Japon, mais aussi du reste du monde, et les publier sur son blog, reproduit online par Le Temps.

Plus de 200'000 personnes l’on suivit, depuis un peu partout. «Une assez grande partie des messages que j’ai reçu venait du Japon, raconte Laurent Horvath. Là-bas, l’information était dirigée par le gouvernement, sur mon blog, ces gens trouvaient des informations internationales. Ils avaient des questions très pratiques, concernant par exemple les aliments qu’ils pouvaient manger. Je n’avais souvent pas l’autorité pour répondre mais je pouvais les diriger vers des experts.»

Retour sur la masse d’informations, parfois contradictoires, qui ont suivi l’accident nucléaire de Fukushima.

Le Temps: à la lumière de ce que l’on a appris par la suite, quel était, au moment de la catastrophe, l’écart entre le discours officiel et la réalité?
– Laurent Horvath: Le discours officiel était que tout allait bien, qu’il n’y avait pas de fuites et que les explosions avaient été produites avec de l’hydrogène. On a appris ces derniers jours que pendant que le gouvernement disait ça, il se posait la question de savoir s’il fallait évacuer Tokyo… Dans les quatre jours qui ont suivi l’explosion, il y a eu d’énormes fuites radioactives, dont une partie est allée dans le Pacifique et l’autre et revenue dans les terres, poussée par le vent.

–Est-on désormais fixé sur l’état du combustible du réacteur?
Le 21 janvier 2012, une endoscopie dans un des réacteurs a permis de constater que le combustible avait bien fondu. Il a percé la cuve et entamé le béton, la question est de savoir jusqu’où. Mais ces informations, ils les avaient depuis le départ. Ils ne voulaient pas les divulguer pour ne pas effrayer la population. Et peut-être pensaient-ils que le problème se résoudrait de lui-même.

Quand vous dites «ils», parlez-vous de Tepco, l’exploitant de la centrale, ou du gouvernement?

Cela revient à peu près au même puisqu’il y avait collusion: ils se soutenaient mutuellement.

Durant les semaines qui ont suivi l’accident, on a souvent eu l’impression que les Américains ou les Français en savaient plus que les Japonais…

Beaucoup d’experts étrangers ont analysé les informations, les images ou les vidéos, dont on disposait et ont tout de suite dit que le problème était beaucoup plus grave que ce que les autorités nippones disaient. Les Américains avaient une présence navale dans la région et sont venus apporter leur aide après le tsunami. Mais quand ils ont vu ce qu’il se passait sur place, ils sont repartis et ont recommandé à leurs ressortissants de partir. C’est aux Etats-Unis que les principales informations ont été dévoilées. Elles étaient ensuite reprises pas la presse japonaise.

L’attitude du gouvernement japonais en matière de communication tenait-elle plus du mensonge ou de l’ignorance?
Probablement un peu des deux. Il ne voulait pas effrayer les gens, d’autant qu’il ne savait pas comment gérer le déplacement des millions de personnes qui habitaient dans la région. Et il devait aussi affronter les conséquences du tsunami et du tremblement de terre, dont les répliques ne finissaient plus: c’était l’enfer. Il y a également passablement de déni. Notamment parce que les effets du nucléaire ne se voient pas. On estime qu’une trentaine de liquidateurs sont morts, dont certains de leucémie foudroyante, mais les autorités disent qu’on ne peut pas affirmer que c’est à cause de Fukushima. D’ailleurs, il n’y a pas de chiffres officiels. Tout se fait par recoupement d’informations venant des familles qui alertent la presse. Mais en tout cas 150 personnes ont été fortement irradiées, c’est-à-dire qu’elles ont reçu une dose mortelle de radioactivité. Mais cela fait moins d’une année et on ne sait pas si elles développeront un cancer.

La communication du gouvernement nippon a-t-elle évolué au fil du temps?
Lorsque le premier ministre Naoto Kan est parti l’été dernier, il s’est senti libre de parler. Il a dit que même si ce type d’accident n’arrivait que tous les cent ans, on n’avait pas le droit de prendre ce risque. Il a essayé de se dédouaner et a donné des informations à la presse, comme le plan d’évacuation de Tokyo.

Qu’en est-il de Tepco?
Le gouvernement a énormément investi dans l’entreprise. La question est maintenant de savoir si elle va être nationalisée parce que ce problème est beaucoup trop lourd pour une entreprise. D’autant qu’un certain niveau de radiations continue à alimenter la pollution.

Et comment se débrouille le gouvernement actuel?
Il communique nettement mieux, il met les mains dans le cambouis: une task force a été mise sur pied pour savoir ce qu’il s’est passé et étudier l’impact de l’accident, sur les gens, la biodiversité, etc. Les 360?000 enfants de la région sont soumis à un check-up régulier. On saura dans une génération quel est le résultat de cette catastrophe.

Pourtant les autorités veulent faire rentrer une partie de la population déplacée chez elle.
Ni le gouvernement ni Tepco n’ont les moyens d’indemniser tout le monde. Alors ils ramènent les gens dans la zone alors qu’elle est encore très polluée. C’est admettre qu’il y aura un certain taux de mortalité. On estime que 5% des jeunes files, qui sont la population la plus sensible, vont développer un cancer. Dans dix ans ce taux sera passé à 15%. Si vous avez des enfants, vous n’y retournez pas. Ceux qui refusent de rentrer ne sont pas indemnisés, mais pas mal de gens préfèrent tout perdre.

Interview réalisée par Lucia Sillig
Journal Le Temp, Suisse

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